Depuis le 1er janvier 2025, les communes sont devenues autorités organisatrices de l’accueil du jeune enfant. Ce transfert de compétence modifie en profondeur la manière dont les municipalités abordent la coéducation. Nous ne parlons plus d’un concept pédagogique cantonné à la relation école-famille, mais d’une responsabilité politique et opérationnelle qui irrigue l’ensemble des services municipaux.
Obligation légale des communes en accueil du jeune enfant : ce qui change concrètement
Le cadre réglementaire impose désormais aux communes de recenser les besoins des familles, de les informer sur l’offre disponible et, selon leur strate démographique, de planifier et soutenir la qualité du service. Cette obligation transforme la coéducation en un acte administratif autant qu’éducatif.
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Avant 2025, une mairie pouvait se contenter de financer des places en crèche ou de conventionner avec des associations périscolaires. Le nouveau cadre exige une vision transversale : coordonner la petite enfance, le scolaire et l’extrascolaire dans une logique de service public de proximité.
Nous observons que les directions « petite enfance » et « éducation » des communes fusionnent progressivement leurs instances de pilotage. Le cloisonnement historique entre ces deux secteurs freine la continuité éducative que la coéducation suppose. Les municipalités qui maintiennent des silos organisationnels se retrouvent en difficulté pour répondre à l’obligation de planification globale.
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Périscolaire et coéducation : le point de friction entre élus et familles
Le temps périscolaire concentre les tensions les plus vives. Les retours de terrain récents montrent que le périscolaire est devenu un point de friction politique et organisationnel entre parents et élus. Les débats portent sur la qualité du temps éducatif, la place réelle des familles dans les décisions et la coordination entre agents municipaux et enseignants.
Le problème de fond tient à un malentendu structurel. Les familles attendent du périscolaire qu’il prolonge l’ambition éducative de l’école. Les municipalités le gèrent souvent comme un service logistique de garde. Cette divergence d’attentes transforme chaque conseil d’école ou réunion de quartier en arène de négociation.
Ce que la coéducation exige du périscolaire municipal
Nous recommandons de distinguer trois niveaux d’engagement municipal dans le périscolaire coéducatif :
- L’information descendante : la mairie communique les horaires, les menus, les activités. C’est le niveau minimal, insuffisant pour parler de coéducation.
- La consultation structurée : les parents participent à des instances formelles (comités de suivi, enquêtes de satisfaction) où leur parole influence les arbitrages. Ce niveau suppose des animateurs formés à la conduite de réunion et à l’écoute active.
- La co-construction opérationnelle : les familles contribuent à la conception du projet éducatif périscolaire, à l’évaluation des activités et à l’ajustement en cours d’année. Ce niveau exige un portage politique fort et des moyens humains dédiés.
La plupart des communes restent au premier niveau. Passer au troisième demande un investissement en ingénierie de projet que les petites et moyennes communes n’ont pas toujours.
Alliances éducatives territoriales : le cadre des cités éducatives
Les cités éducatives servent de laboratoire opérationnel pour formaliser des alliances éducatives territoriales. L’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) a documenté ces pratiques dans une publication de février 2026, rédigée par le Réseau national des centres de ressources politique de la ville.
L’approche retenue dans ces territoires labellisés repose sur la continuité éducative et sur des besoins repérés localement, pas sur un modèle uniforme. Chaque cité éducative définit ses priorités en fonction de son diagnostic territorial.
Coopération entre acteurs municipaux et Éducation nationale
La coopération ne se décrète pas par convention. Elle repose sur des rituels de travail partagés : réunions de régulation régulières entre directeurs d’école, responsables périscolaires et coordinateurs de réussite éducative. Sans ces rituels, la coéducation reste un mot dans un projet éducatif de territoire (PEDT) que personne ne lit.
Un point technique souvent négligé concerne le partage d’informations entre professionnels soumis à des cadres déontologiques différents. Les enseignants relèvent du secret professionnel de l’Éducation nationale, les travailleurs sociaux du secret partagé, les animateurs municipaux d’aucun cadre spécifique. Cette asymétrie juridique complique la mise en commun d’observations sur un enfant.

Gouvernance municipale de la coéducation : structurer un continuum éducatif
Les collectivités cherchent désormais à articuler la coéducation autour d’un continuum 0-25 ans qui relie parentalité, réussite éducative et insertion. Cette ambition dépasse largement le périmètre traditionnel de la direction de l’éducation.
Nous constatons que les municipalités les plus avancées créent des postes de « coordinateur coéducation » ou de « chargé de mission alliances éducatives » rattachés directement au cabinet du maire ou à la direction générale des services. Ce positionnement hiérarchique n’est pas anecdotique : il conditionne la capacité à mobiliser plusieurs directions simultanément.
Les conditions de réussite d’un pilotage municipal
- Un diagnostic partagé des besoins éducatifs du territoire, actualisé régulièrement et co-construit avec les familles, pas uniquement avec les institutions.
- Une instance de gouvernance qui réunit élus, professionnels de l’éducation, acteurs associatifs et représentants de parents, avec un ordre du jour opérationnel et des décisions traçables.
- Un budget fléché sur l’ingénierie de coéducation (formation des agents, outils de coordination, temps de concertation), distinct du budget de fonctionnement des structures d’accueil.
La coéducation municipale ne se réduit pas à organiser des « cafés parents » ou à distribuer des flyers sur la parentalité. Elle suppose une transformation de la culture administrative locale, où chaque agent au contact des familles devient un maillon éducatif conscient de son rôle. Les communes qui traitent ce sujet comme un projet transversal, et non comme une compétence sectorielle, sont celles qui parviennent à réduire les ruptures dans le parcours éducatif des enfants.